15 août 2011

 

                           Le Pacificateur

 

 

Petit bébé hurlant, petit bébé cherchant le sommeil, petit bébé en quête du paradis perdu, l’état où l’on ne pleure jamais, où tout est donné, selon les besoins, du moins on l’imagine.

Enfin, dans ma famille, quand un bébé cherche, à grand renfort de torsions, de cris, de pleurs, son paradis, on lui offre nos bras, le balancement de nos corps et la promenade sans cesse refaite du tour de l’appartement. Et on fait des tours jusqu’à l’apaisement, l’endormissement, la rémission, jusqu’à ce que la tête, lourde, s’incline et puisse aller s’incruster dans l’oreiller sans oreiller du berceau.

Chacun ses petits trucs et ses habiletés  d’ailleurs. Chacun sa patience infinie.

J’ai toujours vu faire ça et je le vois encore…

Donc nous avons eu des bébés endormis à la main, si je peux le dire comme ça. Des bébés artisanaux. Des bébés MamieNova.

Jusqu’à ce que, Da-Dam ! apparaisse le Pacificateur !

Ma fille a dit qu’elle essayerait de s’en passer pour son bébé. Peine perdue. Il y en eut de toutes les tailles aux différents âges, de toutes les couleurs, des préférés, des de rechange,  dans les sacs, les berceaux, chez grand-mère,…

Mon autre fille a dit qu’elle s’en passerait pour son bébé, qu’elle n’aimait pas ça, que c’était ridicule, mais elle a un joker, c’est moi. J’hérite parfois d’un bébé tendu en arc de cercle, le cheveu collé de sueur, la face rouge et la bouche ouverte comme un dessin de manga japonais, émettant un long cri de désespoir incompris.

Et mes petits tours de grand-mère, mes chansonnettes, mes hochements, mes caresses, les mille positions adoptées tour à tour, ne viennent que très momentanément à bout de toute cette tension accumulée on ne sait trop pourquoi.

Alors j’avoue que ce matin, honte à moi, grand-mère indigne et à bout de ressources, j’ai fait appel au Pacificateur.

Il était flambant neuf dans sa coquille protectrice, déjà de  toutes les couleurs, rangé dans l’armoire à pharmacie, attendant l’occasion qui ne devait jamais venir.

Je l’ai pris, toujours avec mon petit paquet hurlant contre moi, je l’ai ébouillanté avec l’eau du thé, histoire de le décontaminer d’éventuels germes, je l’ai regardé (pas longtemps) avec espoir et méfiance à la fois, et je l’ai glissé adroitement dans la grande bouche du bébé à la recherche de la paix.

Et là, ô miracle, tout s’est apaisé en effet !

Le réflexe automatique de succion a fonctionné à plein régime, les grimaces de manga ont disparu, je n’ai même pas noté une quelconque surprise, le petit corps s’est détendu et on est passé en mode silence.

 

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 Vous l’avez compris, ce qu’ici on appelle avec pragmatisme un pacificateur (a pacifier, prononcé pacifailleûrr) n’est chez nous qu’une tétine, une totoche, le leurre parfait et honni des mamans consciencieuses, la botte secrète du dimanche matin des grands-mères à court de ressources.

Quel sera sa destiné ?

Je ne vous dis pas, suite au prochain numéro, parce que je ne pense pas que les aventures d’un Pacificateur soient vraiment trépidantes, mais si j’ai fait exception aujourd’hui c’est que j’aime ce mot de Pacifier, je trouve qu’il ennobli l’objet dans sa fonction et que, de fait, il me donne un peu moins de remords d’en avoir usé.

 

A la prochaine aventure.

 

 

Posté par Alberte-Marie à 01:37 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur Le Pacificateur Petit bébé hurlant, petit bébé

    le pas si failleur a un...

    ami qui s'appelle le substitude, et comme j'aime bien mon dico, voici ce qu'il m'en dit :

    "substitute qu'on prononce >>> |ˈsəbstiˌt(y)oōt| ??!@#??
    noun
    • a person or thing acting or serving in place of another
    • Psychology a person or thing that becomes the object of love or other emotion deprived of its natural outlet"

    Autrement dit : la mère de ma filleule est un substitute qui utilise un pacifier pour couper le sifflet aux mangas >>> c'est ça l'Amérique, un melting pot (de yoghourt) remplaçant l'essaim maternel (je ne vois pas pourquoi on dit toujours "le sein maternel",
    les mères n'étant pas des amazones, que diantre)

    Posté par Pierre, 15 août 2011 à 09:07
  • Alalala

    Et voilà, pendant qu'on a le dos tourné, ce que font les grand-mères dévouées.. elles apprennent à vos tout petits à sucer leurs doigts, et autres objets joliment nommés et dédiés à la succion.

    Posté par Juliet M, 15 août 2011 à 20:41
  • Et les indiens ?

    C'est vrai moi aussi j'ai toujours trouvé ce pacifier une véritable honte et un déshonneur sans fin pour la (grand)maman qui l'enfourne - souvent sans ménagement mais avec un succès avéré - dans la bouche de son manga préféré ... Mais ça c'est la réaction de cleui qui est à cinq mille kilomètres et n'aura pas ses oreilles arrachées et sanguinolentes à cause d'une mouflette qui nous fait son caprice ... Alors vive les pacificateurs !
    Mais au fait les indiens, ils les ont pacifié comment ces ricains ?
    Bon allez Bernie, ça suffit tes bêtises ...
    Pensées matitudinales à mes amies outre-atlantique !

    Posté par bernie, 18 août 2011 à 08:48
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